La mnémotechnique à l’école

Notre première impression sur la pertinence de l’utilisation de la mnémotechnique à l’école a été confirmée par une étude réalisée au Rawal Medical College, Rawal Institute of Health Sciences d’Islamabad, au Pakistan, qui montre que les étudiants utilisant la méthode du palais mental (“MOL” - Method of Loci) obtiennent des notes supérieures lors d’évaluations de connaissances.


L’expérience

Le tableau suivant retranscrit les résultats de ce test. Les étudiants des groupes 1 et 2 ont tous suivi un cours sur des concepts relatifs à l’insuline et au diabète de type 1. Les étudiants du groupe 1 ont dû apprendre leur leçon de manière classique, comme ils le faisaient habituellement, quand ceux du groupe 2 ont bénéficié d’une introduction à la méthode du palais mental et d’un catalogue d’images préconstruites. Les connaissances des étudiants des deux groupes ont ensuite été testées grâce à un QCM.

 

Description

n

Note moyenne

Ecart-type

Groupe 1

“Didactic
lectures plus self-directed learning”

52

8.10

1.85

Groupe 2

“Didactic lectures plus MOL”

26

9.31

1.12

L’étude a pu mettre en avant une augmentation non-négligeable du nombre de réponses correctes des étudiants du groupe 2, ayant utilisé la méthode du palais mental, par rapport à ceux du groupe 1, et par ailleurs moins dispersées autour de la moyenne. Cela semblerait donner raison à Ebbinghaus qui écrivait en 1885 que la mnémotechnique tendrait à effacer les différences d’aptitudes entre individus.

Les phénomènes à l’oeuvre

Nous savons que le palais est particulièrement adapté à la rétention d’information organisée logiquement. Mais dans l’étude, la plupart des participants ont déclaré que leur “compréhension de la physiologie” s’était globalement retrouvée améliorée. Comment est-ce possible ? Il est certain que le cours devient beaucoup plus interactif, ce qui éveille la curiosité de chacun. Mais l’explication la plus importante réside dans le fait que chaque étudiant a participé à l’élaboration d’images, qu’il a transmis à ses pairs. Le palais, dans son ensemble, est donc le résultat de l’activité créative de chacun, ce qui renforce non seulement l’intérêt pour le cours mais qui facilite aussi son apprentissage (c’est d’ailleurs ce que nous faisions en classe préparatoire, puisque nous construisions la plupart de nos palais mentaux à deux). Il semble que les loci (emplacements dans un palais mental) aient servi de « tuteurs » pour les souvenirs, autour desquels la mémoire sémantique a fini par venir entourer ses racines.

Que peut-on tirer de cette expérience ?

Il n’est donc pas absurde d’imaginer enseigner des matières factuelles telles que l’Histoire, mais aussi plus complexes telles que la médecine, à des étudiants travaillant en groupe afin qu’ils se partagent leurs propres images mnémotechniques. A terme, il est peut-être même envisageable de “faire vivre” visuellement aux étudiants l’expérience de leur cours grâce à des dispositifs de réalité virtuelle mettant à contribution plusieurs sens. En attendant, et nous menons cette expérience en collaboration avec un professeur de philosophie en classe préparatoire sur un groupe d’étudiants volontaires, il est possible de donner à ces derniers, au fur et à mesure du cours, des images préconstruites correspondant aux notions abordées. Ces images servent d’ancres mémorielles dont ils peuvent disposer dans un palais, et facilitant, comme nous venons de le voir, la rétention comme la compréhension du cours dans son ensemble. La distribution de palais préconstruits, aux images performantes et offrant donc de nombreuses aspérités pour la mémoire, pourrait donc bien, un jour, se substituer aux polycopiés trop uniformes et peu adaptés. Comment distribuer ces images préconstruites ? Ajouter une discrète colonne à droite du contenu du cours saurait suffire.

« Pourquoi ne pas enseigner la mnémotechnique aux plus jeunes, à l’école ? » est une question qui revient souvent. Un élément de réponse est que la mémoire épisodique, peu présente avant 2 ans, se développe surtout entre 3 ans et 7 ans, avec un pic d’évolution à partir de 5 ans[2]. Si une première découverte du système du palais mental n’est pas à exclure pendant cette période, il est fort possible que sa mise en place effective soit, elle, plus compliquée et se heurte à une mémoire toujours en formation.

A noter que la capacité à former des images performantes évolue, elle aussi, avec la maturité.


[1]Qureshi, Ayisha, et al. “The Method of Loci as a Mnemonic Device to Facilitate Learning in Endocrinology Leads to Improvement in Student Performance as Measured by Assessments.” Advances in Physiology Education, vol. 38, no. 2, June 2014, pp. 140–44. Crossref, doi:10.1152/advan.00092.2013.

[2]Perner, Josef, and Ted Ruffman. « Episodic memory and autonoetic conciousness: developmental evidence and a theory of childhood amnesia. » Journal of experimental child psychology 59.3 (1995): 516-548.

Yoann Allardin

Co-fondateur de Memorease.

Partager cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter

L’hyper-écriture pour une hyper-mémoire ?

L’article d’Idriss Aberkane publié dans dans la revue Sens Public (Université de Montréal) en 2016 semble ouvrir la voie à de tous nouveaux champs de recherche en psychologie cognitive et en sciences sociales. Il pose pourtant des questions auxquelles il ne semble pas répondre. Retour sur “Hyperwriting, a multiscale writing with the method of loci.”